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Mobilités durables : l’élan n’est pas brisé

Publié le 30 mai 2024

Par Jean-Baptiste Kapela
4 min de lecture
Zoom de l’Arval Mobility Observatory – En pleine période de transition énergétique, la voiture électrique et le vélo semblent prendre du galon. Pourtant, certains consommateurs paraissent encore frileux à l'idée d'adopter des solutions de déplacement plus vertueuses. Aujourd'hui, faisons place à l'optimisme et observons les bonnes pratiques en matière de mobilité durable.
arval vélo homme heureux
Entre 2019 et 2023, les passages de vélos ont augmenté de 37 % au niveau national. ©Lightfield studios

En matière de transition énergétique, de déploiement de nouvelles motorisations ou énergies, de modes de déplacements alternatifs, il y a des cycles. À la lecture des actualités dans tous ces secteurs, une expression semble revenir en boucle : palier. On a atteint un palier dans les ventes de véhicules électriques ou de vélos, le déploiement des bornes de recharge a, lui aussi, atteint une forme de palier, tout comme son taux de disponibilité. À chaque fois, les commentaires donnent l’impression que l’heure de la stagnation, voire de la décroissance, a sonné.

 

C’est peut-être ce qui crée ce climat de défiance des consommateurs face aux nouvelles mobilités ou à la voiture électrique, à qui l’on promettait pourtant les "Trente Glorieuses" en pleine épidémie de Covid, il y a quatre ans.

 

Tout ne serait donc qu’échecs, stagnation, coup d’arrêt, "palier" dans ces secteurs appelés à jouer un rôle essentiel dans la décarbonation des transports et de l’économie ? Plutôt que de nous complaire à voir systématiquement le verre à moitié vide, prenons le parti de voir celui à moitié plein.

 

Commençons par le vélo : selon le dernier baromètre de l’association Vélo & Territoires, sur la fréquentation du réseau national cyclable, on apprend qu’entre 2019 et 2023, les passages de vélos ont augmenté de 37 % au niveau national (1). Si l’on ne considère que le milieu urbain, les usages sont en hausse de 40 %. Quant à la pratique dite mixte (loisir et déplacement professionnel ou scolaire), elle bondit de 44 % sur la même période. La conclusion de tout cela c’est que le vélo ne séduit plus simplement les "fous de la pédale" qui avalent les kilomètres le dimanche matin, l’œil rivé sur leur compteur et leurs indices de performance. Le deux-roues est devenu l’outil de déplacement privilégié par un nombre croissant d’actifs pour se rendre à leur bureau, quelle que soit la météo et qui délaissent les transports en commun ou, mieux encore, leur voiture.

 

Pour preuve, "la fréquentation cyclable est présente sur l’ensemble des jours de la semaine, avec une pratique utilitaire plus importante que la moyenne en semaine", souligne le rapport. De même, "la courbe de la semaine laisse apparaître deux pics de fréquentation (de 7h à 9h et de 17h à 19h) correspondant en grande partie aux trajets domicile-travail et domicile-études." Alors bien sûr, on peut regretter que le nombre de vélos achetés l’année dernière soit en repli : il s’est vendu 2,23 millions de vélos (électrique et non électrique) en France en 2023, contre 2,59 millions en 2022. Question : les industriels et les commerçants n’avaient-ils pas vu trop grand à la faveur de la Covid ?

 

On pourrait faire le même constat avec le véhicule électrique. Comme l’expliquent les experts, le marché a fait "le plein des earlyadopters" ; il faut désormais convaincre le reste des consommateurs, c’est-à-dire M et Mme Tout Le Monde, mais aussi les entreprises. À bien regarder, on est quand même, là encore, sur un marché en croissance, avec des taux d’équipements loin d’être ridicules. Qui, par exemple, aurait prédit qu’en 2024, il se vendrait dans les entreprises plus de VP électriques que Diesel ?

 

Comme Rome ne s’est pas faite en un jour, le marché électrique avance pas à pas. Et ce n’est pas si mal, lorsqu’on apprend que, finalement, réparer un véhicule électrique ne sera pas si bon marché que cela, ou qu’il faudra changer ses pneus de voiture électrique deux fois plus souvent que sur les anciens modèles thermiques. On ne parle même pas du prix de l’électricité qui devait initialement rester bon marché et qui finalement, coûtera plus cher. Ou du réseau de bornes électriques, dont les taux de disponibilité ne sont pas au rendez-vous.

 

Selon le dernier bilan de l’Ademe, près d’un quart des points de recharge les plus puissants étaient indisponibles. Pour les bornes les moins rapides, le taux de disponibilité est de 80 %. Comme le résume Automobile Propre, "le nombre de bornes est satisfaisant, mais la quantité de bornes en panne ne rassure pas".

 

Avant de "crier au loup", faisons donc preuve de pragmatisme et d’objectivité. Oui, la transition énergétique est en marche, oui, les nouvelles mobilités s’imposent dans nos usages quotidiens. Non, cela ne va aussi vite que prévu ou voulu par les politiques, qui ne voient pas toujours les trous dans la raquette. Mais pour que cela avance, il est essentiel de ne pas avoir "les yeux plus gros que le ventre" et veiller à jouer la transparence plutôt que de favoriser le jeu de dupes.

 

L’Arval Mobility Observatory

 

(1). Analyse des données de fréquentation cyclable 2023. https://www.velo-territoires.org/wp-content/uploads/2024/05/Rapport_PNF_2023_VF.pdf

 

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