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Itinéraire d'une LLD plus ou moins gâtée

Publié le 16 novembre 2004

Par Christophe Jaussaud
8 min de lecture
Malgré une année 2003 au climat économique frileux, la LLD a plutôt bien tiré son épingle du jeu avec une croissance des mises à la route de 1,01 % et une hausse de 5,95 % du parc roulant en location. Pour 2004, l'optimisme est de mise, mais les taux de croissance à deux chiffres appartiennent...

...au passé.

 

Optimisme. C'est le mot qui revient le plus souvent lorsque l'on évoque le marché de la LLD pour 2004. En effet, après une année 2003 que Jean-François Chanal, directeur général d'ALD Automotive, a qualifié "d'année en demi-teinte, avec une relative croissance", 2004 s'annonce mieux sous de meilleurs auspices. Toutefois, avant de revenir sur les premiers chiffres de l'année 2004 et sur les perspectives de croissance, retour sur l'année 2003.  Malgré un contexte économique et géopolitique peu encourageant, le marché de la LLD a encore connu une progression, même si celle-ci est moins importante que par le passé. En effet, avec une croissance des véhicules mis à la route de 1,01 %, selon le Syndicat national des loueurs de voitures en longue durée (SNLVLD), et un parc en augmentation de 5,95 %, le bilan est plutôt flatteur, surtout que le marché VP et VU français a reculé de 5 % sur la même période. Ainsi, les véhicules d'entreprise ont représenté 828 720 unités, soit 34,66 % du marché total, dont 618 722 accompagnés d'un financement. Sur ce dernier volume financé, plus de la moitié des acheteurs ont choisi la LLD puisque, selon le syndicat et ses adhérents, 318 456 véhicules ont été acquis avec ce mode de financement. Une progression de 1,01 % donc, ce qui donne un parc roulant LLD au 31 décembre 2003 de 829 179 véhicules. Il faut ensuite ajouter à ce chiffre les 287 117 voitures gérées par les loueurs (mais non financées) pour obtenir le parc total des adhérents du syndicat, soit 1 116 296 unités. 

Rigueur budgétaire  et externalisation

Après des croissances de plus de 13 % en 2001 et de plus de 7 % en 2002, la progression de 5,95 % sur le parc roulant en 2003 confirme un ralentissement comme bien souvent synonyme de maturité du marché. Une tendance attestée par les premiers chiffres de l'année 2004. En effet, sur les 5 premiers mois, les ventes de VP avec ce mode de financement progressent de 4,2 % sur un marché de l'entreprise qui ne progresse que de 2,1 %. Pour les VU, la LLD progresse également, de 4 %, mais, à l'inverse des VP, le marché global VU gagne ici 7,3 %. L'année 2004 s'annonce donc relativement bien mais, de l'avis de tous, un taux de croissance à deux chiffres ne sera pas d'actualité. Le marché semble être arrivé à une certaine maturité, notamment sur les grands comptes. Pour Jean-François Chanal, "le marché des grandes entreprises est aujourd'hui principalement un marché de renouvellement". Il reste cependant en bonne santé, ce que confirme Philippe Brendel, directeur marketing et commercial d'Arval PHH : "La tendance de fond reste orientée à la hausse. La LLD est un produit incontournable car intelligent et adapté au besoin des entreprises modernes." Si la situation est donc claire sur le marché des grandes entreprises, où les futures batailles se livreront sur des appels d'offres de renouvellement, il n'en est pas de même sur ceux des PME et des TPE. 
D'autres éléments, macroéconomiques, viennent également jouer en faveur de la LLD pour cette année 2004 et les suivantes. En effet, dans un contexte de rigueur budgétaire, où la chasse aux gaspillages étatiques est devenue un sport national, les grandes flottes d'entreprises publiques sont de plus en plus souvent externalisées, comme ce fut le cas récemment de celle de la SNCF (appel d'offres de gestion remporté par Aon Auto) ou précédemment de  celles d'EDF, de La Poste ou de France Télécom et les exemples sont encore nombreux. Mais, chose nouvelle, même les flottes régaliennes pourraient être externalisées, comme celles de la grande muette, l'armée. "L'Etat ne peut plus tout faire, commente Philippe Brendel, l'externalisation est un véritable mouvement de fond. Aujourd'hui, personne ne remet en cause ce phénomène dans les restaurants d'entreprise." Mais ces transactions, ces appels d'offres, reposent avant tout sur un prix.  

 La stabilité du marché va entraîner une pression grandissante sur les prix

Face à une pression toujours plus grande sur les prix afin de remporter les appels d'offres, on peut légitimement se demander si la qualité globale du produit ou des services associés n'en pâtit pas ? "C'est un choix stratégique, explique Arnaud Muller, directeur marketing de GE Capital Fleet Services. Nous avons fait le choix de proposer le maximum de prestations malgré cette pression continue sur les prix et, pour nous, cette stratégie qualitative a été payante sur les grands comptes, avec l'arrivée dans notre portefeuille de Véolia Environnement par exemple." Cette tendance n'a toutefois pas que des mauvais côtés car, selon Philippe Brendel, "le loueur va devoir s'intéresser de plus en plus à ce qui existe autour de la voiture". Et parmi la multitude de services qui peuvent être associés à une voiture, l'un d'entre eux semble particulièrement d'actualité après le passage de Sarkozy à l'Intérieur : le programme de prévention des risques routiers. Testé en interne par Arval PHH, depuis un an et demi, ses résultats semblent probants et le produit est aujourd'hui diffusé par le loueur. "Nous avons deux clients, mais les demandes sont de plus en plus nombreuses, affirme Philippe Brendel. Dans notre entreprise, la sinistralité a baissé de 35 % depuis le lancement de ce programme. Nous analysons les causes avec le client et mettons en place des réponses adaptées." 

26 %
C'est la part des VP immatriculés en 2003 destinés aux entreprises. De la même manière, 79 % des VU vendus en 2003 l'ont été sur le marché des entreprises. Sur ce marché, 33 % des acheteurs de VP ont choisi la LLD et ce chiffre atteint même 50 % pour les VU.

Plus de retours VO en 2004

Selon un sondage réalisé par l'Observatoire du véhicule d'entreprise*, si l'amélioration de la situation économique en 2004 ne fait aucun doute, les décideurs interrogés sur le renouvellement de leur parc automobile n'envisagent pas pour autant une forte croissance dans les trois années à venir. En effet, la stabilité l'emporte chez les TPE et les PME. Seules les grandes entreprises interrogées pensent accroître le leur. On peut donc penser que cet optimisme mesuré n'entraînera pas une croissance débridée sur l'année 2004. Une situation que l'on pourrait toutefois qualifier de normale au vu des chiffres de ces dernières années. Mais si l'accroissement risque d'être faible, cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de mouvement de flottes. L'année 2004 est d'ores et déjà annoncée comme une année avec de grands appels d'offres de renouvellement et, de plus, pour Jean-François Chanal, "nous aurons cette année plus de retours qu'en 2003. En effet, vu la situation économique de l'année dernière, certains clients ont prolongé leur contrat et le renouvellement interviendra donc cette année". Pour faire face à ce flux plus important qu'à l'habitude, ALD Automotive a d'ailleurs mis en place un nouveau centre de VO, à Chilly-Mazarin, susceptible de "vendre le plus vite possible" les 30 000 VO que la filiale de la Société Générale va récupérer cette année.  

 L'Europe de la location  est une réalité 

L'autre pilier susceptible de soutenir la croissance du marché est l'Europe. En effet, si l'Europe politique a encore du mal à exister, l'Europe des loueurs est déjà une réalité. Aujourd'hui, la quasi-totalité des entreprises du secteur s'appuie sur des structures européennes car de plus en plus d'appels d'offres sont suivis à l'échelle du continent même si l'exécution reste attachée au pays. C'est ainsi qu'Athlon Car Lease France va assurer la fourniture et la gestion de la flotte Xerox en France suite à un appel d'offres européen. Bien que cette démarche d'appels d'offres transfrontaliers ne soit pas encore totalement entrée dans les mœurs, elle tend à se développer. Dans cette optique, GE Capital Fleet Services se dit prêt et s'est doté pour cela d'un ensemble de structures déjà européennes, que ce soit dans le marketing, qui harmonise les offres, ou dans l'informatique avec e-fleet cotation qui est un outil paneuropéen. Une organisation qui se traduit également par une amélioration du maillage, soit par rachat, soit par création. Ainsi, depuis le début de l'année, les transactions vont bon train : Volkswagen a racheté Leaseplan, Arval PHH a finalisé le rachat de Arma, un loueur présent aux Pays-Bas, en Belgique et en Angleterre, et ALD Automotive vient quant à lui d'ouvrir une nouvelle structure en Slovénie après avoir achevé l'intégration de Hertz Lease.   

Christophe Jaussaud

 * Sondage réalisé par TNS-Sofres du 7 au 26 janvier 2004 auprès d'un échantillon représentatif de 760 décideurs français en matière d'achat de véhicules d'entreprise au sein de 350 TPE, 350 PME-PMI et 60 grandes entreprises.

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