Du bon usage des taxes et des amendes
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Les taxes et autres amendes ont un boulevard devant elles : dans l’industrie automobile, le respect de la norme CAFE menace les constructeurs dont les gammes ne sont pas assez électrifiées ; dans le monde de l’entreprise, la nouvelle "taxe incitative" va sanctionner les dirigeants qui ne renouvellent pas assez vite leurs parcs de véhicules en modèles électriques ou hybrides rechargeables. À chaque fois, l’intention avancée par les législateurs est la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la lutte contre le réchauffement climatique.
On sait que le secteur des transports est dans le viseur des autorités européennes depuis une bonne dizaine d’années. Mais il n’est clairement pas le seul responsable de la crise climatique ; et lorsqu’on voit l’acharnement méthodique dont il fait l’objet, on finit par se demander s’il n’est pas le "responsable un peu facile".
Qui, par exemple, lève le doigt et la voix pour s’inquiéter de la surconsommation d’eau et d’électricité des datacenters ou de la flamboyante industrie de l’intelligence artificielle (IA) ? Pas grand monde pour le moment. Les enjeux financiers sont tels que mieux vaut mettre ce genre de questionnement sous le tapis. Même constat sur l’intérêt véritable des applications d’IA. Pourtant "avant même d’envisager les manières de rendre l’IA plus sobre, il est légitime de se demander si l’IA que nous développons est vraiment utile", expliquent Paul Caillon et Alexandre Allauzen, tous deux professeurs à Paris Dauphine, dans un article paru sur le site The Conversation (1).
"À l’heure où les assistants conversationnels sont peut-être en passe de remplacer les moteurs de recherche standards (Google, Bing, Qwant), la question de leur utilisation se pose, car ces derniers ont un coût 10 à 20 fois moindre (0,2 gramme de CO2 la recherche, d’après Google)", poursuivent-ils. Il ne faut pas oublier non plus que les applications d’IA ont, elles aussi, une durée de vie limitée en raison de leur obsolescence rapide, alors même que leurs phases d’apprentissage et de déploiement auront eu une empreinte carbone très élevée. Microsoft n’a-t-il pas reconnu au titre de 2023 une hausse de près de 30 % de ses émissions de carbone ?
Tous les géants de la tech sont engagés dans une course à l’armement énergétique. Autrement dit, ils sécurisent à coups de milliards de dollars leurs besoins d’approvisionnements (gigantesques) en électricité. Les dirigeants de Microsoft expliquent ainsi que le géant de la tech consommera six fois plus d'électricité en 2030 qu'ils ne l'avaient anticipé en 2020. C’est sans doute la raison pour laquelle ils ont conclu un gigantesque contrat (1,8 milliard de dollars) avec Constellation Energy pour remettre en service en quatre ans le réacteur nucléaire "Three Mile Island" en Pennsylvanie. De son côté, Meta a signé en 2024 avec Engie un des 85 Power Purchase Agreements (PPA) de l’énergéticien, ces contrats d’approvisionnement en électricité verte de long terme.
"Faut-il moraliser l’usage du numérique ?" pour sauver l’environnement, préserver les ressources naturelles, réguler la consommation d’énergie, s’interrogeait récemment le quotidien Les Échos (2), rappelant que "la deuxième demande la plus formulée auprès de ChatGPT est d'entamer un dialogue sexuel avec cette IA" ! "Peut-on légitimement, pour assouvir ses fantasmes, recourir à l'IA, alors que la maison Terre est en feu ?", poursuivait le quotidien économique dans son édito.
Et si, plutôt que de vouloir moraliser les usages de l’IA en faisant appel au bon sens, nos politiques se saisissaient vraiment du sujet. Et, comme ils l’ont fait avec les constructeurs automobiles et les entreprises pour leurs flottes de véhicules, à quand une "une taxe incitative" pour garantir des usages raisonnables de cette technologie ?
L’Arval Mobility Observatory
(1). "Pourquoi l’IA générative consomme-t-elle tant d’énergie ?" The Conversation 16 février 2025. https://theconversation.com/pourquoi-lia-generative-consomme-t-elle-tant-denergie-247406
(2). https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/environnement-faut-il-moraliser-lusage-du-numerique-2147852. Les Échos, 10 février 2025.
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